[PORTRAIT] Amélie Cordier, co-lead commission DeepTech

Les portraits

Valoriser. Valoriser les entrepreneurs et les membres qui s’investissent dans notre association fait partie intégrante de notre ADN. Parce que les entrepreneurs et nos adhérents sont au cœur de nos actions, nous souhaitons mettre en avant leur parcours et leurs projets.

Voici donc le portrait d’Amélie Cordier, co-lead de notre Commission DeepTech.

Découvrez son portrait

Les propos sont restitués d’une conversation enregistrée.

 

Quelques mots pour te présenter toi et ton parcours ?

Aujourd’hui, je suis consultante en intelligence artificielle.
En ce qui concerne mon parcours professionnel, j’ai fait un baccalauréat scientifique puis je suis rentrée à l’Université dans le but d’être à la base professeur de mathématiques puis je me suis rapidement orientée vers l’informatique. Cela m’a amenée à faire un Master 2 en intelligence artificielle (IA) et c’est ce pourquoi je suis venue à Lyon. Dans la foulée j’ai fait une thèse en IA, toujours à Lyon, puis en 2008 j’ai candidaté et obtenu un poste de maître de conférence à l’université, poste que j’ai occupé 9 ans.

En 2017 j’ai pris ce qu’on appelle une dispo dans le monde académique, c’est à dire la possibilité de faire “pause” dans sa carrière pour aller faire autre chose. J’ai pris cette dispo pour prendre la direction scientifique d’une startup lyonnaise : Hoomano qui faisait à l’époque des logiciels pour les robots sociaux. J’ai quitté récemment cette startup pour faire d’autres choses.

Pour ce qui est de mon activité extra-professionnelle, j’ai fondé avec plusieurs autres personnes l’association Lyon-iS-Ai qui a pour but de promouvoir l’intelligence artificielle dans l’écosystème lyonnais et régional. Je suis aujourd’hui la présidente de cette association.

 

Qu’est ce que c’est l’intelligence artificielle ?

C’est compliqué de définir l’intelligence artificielle car ça veut dire beaucoup de choses ! À la base l’IA c’est une discipline scientifique et un domaine de recherche. Aujourd’hui c’est aussi un “mot valise” qu’on utilise pour décrire plein de solutions informatiques qui permettent de résoudre des problèmes et de gagner beaucoup d’argent… Quand on dit “IA” on parle beaucoup de machine learning, c’est à dire la capacité des machines à apprendre un modèle de la réalité à partir d’un volume de données significatif, mais pour moi ça ne se limite pas qu’à ça. Pour moi l’intelligence artificielle c’est une technologie qui vise à trouver des solutions, créer des outils informatiques qui résolvent des problèmes qui nécessitent une forme d’intelligence pour être résolus ; par exemple du raisonnement ou de l’apprentissage.

 

As-tu rencontré des obstacles dans le monde de l’entrepreneuriat ?

Je ne suis pas entrepreneuse officiellement ! Certains me diront que si car j’ai fondé Lyon-iS-Ai, mais je n’ai jamais cherché à créer une entreprise.

Oui, j’ai rencontré des obstacles, comme tout le monde, et je vais continuer à en rencontrer. Mais ce ne sont pas les obstacles qui m’arrêtent. Au contraire, j’essaie de voir en quoi je peux les transformer en opportunités, je grimpe dessus et je vais plus loin !

 

Peux-tu nous en dire plus sur Lyon-iS-Ai ?

C’est une association de bénévoles que l’on a fondé en 2017. Pour situer, c’est à l’époque où tous les journaux de type Le Monde, L’Express, Le Point etc. publiaient chacun leur “numéro spécial Intelligence Artificielle” et on entendait parler que de ça. Or entre amateurs et spécialistes, on se disait que la communication faite autour de l’intelligence artificielle était un peu “brouillonne” et biaisée. Déjà parce que c’était compliqué de se faire une idée de ce qu’est l’IA en lisant ces articles et biaisée parce que ça vendait un peu une intelligence artificielle qui allait sauver le monde, régler le problème du réchauffement climatique, soigner toutes les maladies, éradiquer la pauvreté, sauver les baleines… j’en passe et des meilleures !

En créant Lyon-iS-Ai, on a voulu fonder un espace de discussion avec le grand public pour apporter des réponses aux questions que les gens se posaient autour de l’intelligence artificielle. On le fait au travers de différents types d’événements, essentiellement des meet-up plus ou moins techniques, pluridisciplinaires systématiquement ! On fait aussi des actions de formations, des prises de paroles dans des conférences et pleins d’autres choses.

 

C’est important pour toi de fédérer différents acteurs de l’écosystème autour de l’IA ?

Initialement, on voulait uniquement faire de la communication et de la médiation scientifique mais en pratique on fait beaucoup d’actions pour fédérer l’écosystème, en particulier les entreprises. C’est une demande qui a émergé du terrain, ce n’était pas notre objectif initial mais ça l’est devenu en écoutant quels étaient les besoins des uns et des autres. C’est important de fédérer tous ces acteurs parce que l’intelligence artificielle aujourd’hui ça va très vite ! C’est un domaine qui est essentiellement phagocyté par les géants d’internet, Google, Amazon, Facebook et leurs homologues chinois les BATX. Du coup, si on veut avoir une petite place dans la compétition, il faut aller vite et y aller fort, c’est à dire aller ensemble ! Je pense que l’on a aucun intérêt à se tirer dans les pattes localement et au contraire il faut coopérer. Et même si les géants n’étaient pas là, je dirais la même chose d’ailleurs !

 

Quels conseils tu peux donner à ceux qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat ? Et plus particulièrement dans la Tech/ l’IA ?

Oui, juste de le faire ! Le meilleur conseil que je puisse donner c’est que quand on a une idée ou une envie il faut la suivre. En intelligence artificielle aujourd’hui c’est vrai qu’on a besoin de gens qui sont bons en mathématiques et en informatique pour développer des outils d’IA, mais il y a aussi besoin de gens qui n’ont pas ce profil-là ! Qui ne sont pas les caricatures du jeune ingénieur blanc de moins de 40 ans qui parle couramment anglais… Il faut un maximum de diversité dans les gens qui créent les outils autour de l’intelligence artificielle pour qu’ils répondent aux besoins de plus de gens possible ! Aujourd’hui par exemple, un des métiers les plus prisés sur la côte Ouest des États-Unis c’est celui de créateur de contenus pour les robots. Ce sont des gens qui vont écrire les dialogues que vont dire les robots dans différentes situations. Évidemment on ne demande pas ça à des matheux ou à des informaticiens, on demande des littéraires, des créatifs… des gens qui ont une jolie plume. Un autre métier qui est en plein boom aujourd’hui et qui est nécessaire pour développer des outils utilisés en IA c’est tout ce qui tourne autour de l’UX design, il y a aussi des grandes questions juridiques… Peu importe son parcours et son profil, si on a une appétence pour l’IA, il ne faut surtout pas hésiter et il faut y aller, on a besoin de gens !

 

Pourquoi t’investir dans la dynamique French Tech One ?

La vraie réponse ? C’est parce que Virginie, la déléguée générale me l’a demandé ! Comme tu l’as vu dans mon parcours, j’ai passé dix ans à l’université, donc dans le public et dans des laboratoires de recherche et j’ai aussi passé trois ans dans le privé a essayer de faire bosser une petite startup avec des laboratoires de recherche et j’ai compris l’écart considérable qu’il y a entre ces deux mondes et les difficultés de compréhension. Je pense que comme j’ai un pied dans chacun des deux univers, c’est facile, ou plutôt moins difficile, pour moi de jouer l’interprète, de faire communiquer le monde du privé et le monde du public. Je suis bien consciente, je l’ai vu, je l’ai vécu et ça m’a fait galérer d’ailleurs, ces deux mondes ne se comprennent pas, et j’ai envie d’améliorer ça. La Commission DeepTech est probablement un bon endroit pour essayer de travailler dans ce sens !

 

Pourquoi ces deux univers ne se comprennent pas selon toi ?

Pour moi il y a plusieurs choses.
D’abord c’est une question de culture du métier. Entre les gens qui vivent pour faire de la recherche et les gens qui développent des entreprises, ce sont des milieux culturels totalement différents !

Un deuxième point de mécompréhension, c’est sur la notion d’objectif. Un entrepreneur qui a une entreprise, son objectif est de faire vivre sa boite et donc gagner de l’argent, le “comment gagner de l’argent” est un sous-objectif finalement. Alors qu’un chercheur, son objectif est de faire de la recherche et c’est très différent ! Un chercheur, s’il ne trouve pas, ce n’est pas grave tant que la méthode est bonne, tant qu’il explore de manière systématique et rigoureuse le chemin de recherche qu’il a décidé d’explorer.

Autre problème, un chercheur va avoir une idée, écrire une proposition pour obtenir de l’argent afin de financer son idée, et uniquement si il l’obtient, il va commencer à chercher. A l’inverse, si on exclut la dimension levée de fond, un entrepreneur va lui développer un produit, commencer à gagner de l’argent grâce à ce produit puis il va investir pour essayer de développer une meilleure version du produit.

Enfin le point le plus compliqué, c’est la temporalité. C’est une blague que je fais souvent mais c’est du vécu : au milieu d’une réunion de recherche avec un entrepreneur et un chercheur, ils sont en train de définir un plan et il y en a un qui dit “bon dans deux mois on fait ça”; l’entrepreneur a compris “dans deux mois on a un MVP et on commence à le commercialiser” puis le chercheur comprend “dans deux mois on fait une réunion pour dresser la liste des choses à faire”. Ce n’est pas la même temporalité, c’est difficile à leur faire comprendre qu’ils n’ont pas le même calendrier !

 

Quel est ton rôle en tant que co-lead de la Commission DeepTech ?

Ce n’est pas facile de répondre parce que la commission DeepTech s’invente au fur et à mesure qu’elle avance. Je pense que comme mon autre co-lead, mon premier rôle va être de définir les objectifs et les attentes de cette commission, d’en être l’ambassadrice, c’est à dire de la faire connaître en dehors des membres de la commission puis probablement de définir des objectifs et des livrables qui sont atteignables à l’échelle des moyens à disposition dans cette commission.

ndlr : et de sortir ensemble le site Internet du projet DeepTech ONE !

French Tech One en trois mots ?

« COMMUNAUTÉ »
« INNOVATION »
« SOLIDARITÉ »

Ces articles peuvent vous intéresser

Pour recevoir les actualités, les appels à candidatures ou projets, pour recevoir les réductions et invitations aux évènements, …

French tech
Vous souhaitez rester informé.e ?